Sugilite avait encore beaucoup à faire. Elle tira de toutes ses forces la lourde malle de la chambre.C'est à peine si elle entendit le bruit de métal que fit la petite clé. Intriguée, elle la ramassa et l'observa attentivement. Le cuivre rosé, dont était composé la clé, lui rappelait l'horloge de l'entrée.
Jamais elle n'avait vu cette horloge fonctionner. Pleine d'espoir, elle s'y précipitera et l'ouvrit.
Tout ses questionnements s'envolèrent quant elle aperçut que nul mécanisme ne s'y trouvait mais une bonne douzaine de cahiers. Elle prit une grande caisse en bois et le y entreposa. Le premier cahier lui avait montré qui était l'auteur de ces pages.
Plus tard dans la soirée, elle s'installa dans sa veille chaise à bascule. Elle esquissa un sourire en entendant le grincement de la chaise, confortablement installée, elle ouvrit le premier cahier.
En lettres manuscrites, était écrit « Eudyalite ChassePierre, les jeunes années. Aussi loin que je m'en souviennes la route a été mon foyer. L'abomination, qu'était Glasmarteau, avait lancé ma famille sur les routes. Nous avons vendu nos talents de campements en villages, de villages en villes. Ce fut une vie difficile mais riche de rencontres et d'enseignements. Je n'ai jamais eu un don quelconque pour l'artisanat, je me suis donc rapidement tournée vers le minage et le ramassage.
Comme me la dit ma mère, « tu auras des muscles et un cerveau ma fille, c'est déjà deux fois plus que beaucoup! »
C'est sur la route que j'ai rencontré l'homme de ma vie mais je ne l'ai pas su immédiatement. »
Sugilite continua à parcourir plusieurs cahiers, les jeunes années, son mariage et la naissance des ses deux fils. La lecture de ces lignes l'émurent, comme il lui était difficile de connaître son passé, admettre qu' elle a eu une autre existence. Sugilite ouvrit le sixième cahier.
« Eudyalite ChassePierre, lumières et ténèbres. L'éveil ne fut pas douloureux en soit, ce furent la prise de conscience que je les avait perdu. Pourquoi moi? Ce furent les seuls mots que je pus prononcer durant des semaines. Le souvenir de leurs rires, la sensation qu'ils étaient là, tout prêt.
J'ignore pourquoi je ne suis pas devenue folle, est-ce la magie des Veilleurs?
Les combats se sont enchainés, l'horripilante arrogance des Élus n'a fait que m'isoler un peu plus.C'est dans les sinistres bois du crépuscule que j'ai trouvé mon refuge, encore une preuve qu' Onyx avait raison quant il disait que dans de vulgaires cailloux se cachent des merveilles.
Une mission nous a été confié autant en faire un minimum. Mon seul espoir était de pouvoir les rejoindre un jour. La crainte de réveiller la fureur des Veilleurs fut mon seul moteur pour avancer sur les terres de Télara. Jusqu'au jour où le hasard m'amena dans le plus horrible des villages, Rivages de fortune. Une insipide rencontre, une déplorable naïveté de ma part, fit naître ou plutôt renaître, en moi, un goût à la vie.
Une autre rencontre eût lieu mais je m'abstiendrais d'y faire allusion, peut-être plus tard ou ailleurs. »
Intriguée par ces derniers mots, Sugilite chercha dans les autres cahiers, lut, cherchant encore et relut . Elle finit par prendre le dernier des cahiers dans ses bras et pleura en murmurant:
« Oh! Maman! Pourquoi n'avoir rien dit? »
Eudyalite se réveilla en sursaut. Elle étouffa un cri, la sueur perlant sur son front.
« Toujours le même rêve! Toujours! »



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