Une nuit à bord du Gloriusblack.
La nuit noire ne laissait aucune vision à l’horizon. Seul l’eau calme tel le reflet d’un miroir perdu dans l’obscurité nimbait l’océan d’une vision floue et hasardeuse.
Combien de temps? Combien de jours? Combien de nuits? Je n’ai plus aucune notion du temps passé si ce n’est le cycle naturel.
La rafiot craquait a chaque pas de marin, comme si le bateau même se plaignait de chaque mouvement. Cet étrange sensation de calme et de paix n’était pourtant guère rassurante, au milieu de cet océan le calme n’en était que plus inquiétant. Chaque nuit l’on s’attendait à voir n’importe quelle créature mythologique ou directement sorti de l’imagination des hommes éventrer cette surface limpide pour happer le vaisseau, des démons, des sirènes, des Léviathan, ou pire encore des horreurs même sous le joug de celui dont il ne vaut mieux même pas prononcer son nom sous peine d’appeler son âme tordue.
Bientôt nous serons loin, une nouvelle terre pour une nouvelle vie. Sans retour sans même regarder en arrière. Toi et moi seuls et en paix.
Mais resteras-tu avec moi?
Je serais toujours là, toujours.
Accoudé contre le bord du bateau, il était hypnotisé par ce spectacle s‘offrant à ses yeux. Bien qu’inquiet, il n’en ressentait que plus de plaisir et par la même occasion d’excitation. Lorsqu’il avait fuit Sanctum il ne savait pour où, mais la destination n’était guère importante c’était le chemin parcouru qui comptait. Et là notamment quel chemin, quelle atmosphère mystique. Ha qu’il aurait aimé en profiter, s’amuser un peu lui manquait tellement mais il n’était malheureusement plus en état, son corps lui donnait bien trop de souffrance et il tenait à sortir vivant de ce rafiot. Il crut un instant distinguer une forme sur la surface de l’eau, une forme ondulante et floue à travers la brume, mais celle-ci disparut aussi vite qu’elle fut arrivée. La brume offrait bien des visions à chaque esprit libre.
Quelques jours plus tard.
-Terre!
Hmm…
L’homme ouvrit lentement les yeux. Il renifla un instant, et se surpris lui-même de n’être guère gêné par l’odeur pestilentielle qui avait pris possession des lieux depuis maintenant bien des jours. L’on s’habitue à tout, même à la crasse pensa-t-il. L’agitation dans les calles était semblable à une fourmilière secouée d’un coup de pied. Des hommes courraient dans tous les sens, il se releva lentement, le bas de ses reins craquèrent un instant ce qui le fit grogner. Il empoigna sa canne et se hate de suivre les péquenots qui lui servaient de compagnons de voyages depuis bien trop longtemps jusque le pont. C’est alors qu’une bourrasque chaude lui caressa le visage. Et devant…
-Terre!!
Une terre, à première vue chaude et rocailleuse.
-Arh, ca y’est, nous v’là arriver…Dit un vieux marin à coté de lui.
-Arrivé? Où?
-Ben les Sables Chatoyants mon gars. La terre de feu, là où il ne pleut jamais, la terre des mirages et des illusions.
Requius leva un sourcil interrogé par les derniers mots du vieux marin. Puis tourna le regard droit devant lui vers cette terre qui s’offrait à lui, à eux.
-Des illusions…se dit il à lui-même.
Il ne fallut guère longtemps pour poser le pied à terre, tous s’étaient hâtés et une simple planche longue de deux bons mètres avait été posé afin de permettre de faire les quelques pas du bateau vers la terre ferme. Quelques pas qui étaient vraiment libérateurs. Il réajusta son chapeau un peu plus vers l’avant cachant le haut de son masque de fer et surtout les rayons brulants d‘un soleil qui s‘annonçait déjà irritant. Après quelques pas il s’arrêta un instant afin de scruter le panorama qui s’offrait à lui. Du sable, du roc, et encore du sable. Il enfonça alors sa canne plus profondément dans le sable et s’en amusa un très bref moment regardant jusque quelle profondeur elle pouvait s’engouffrer. Puis il prit sa route jusque la prochaine cité et le prochain village.





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