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Discussion: [BG] Légendeur

  1. #1

    Par défaut [BG] Légendeur

    BG de Légendeur


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    « Qui de la lande entend encore la mélodie ?
    Le pardon a quitté le jais des yeux féériques
    Quand la dernière Faille aura été scellée
    Nous mourrons du réveil de la Vie. »
    Loss Keid, Bois d’Argent









    Vous discutez depuis déjà un moment.


    Quand exactement ? Vous ne le savez plus vraiment, et il serait impoli d’interrompre la conversation avec l’elfe. Ca vous revient par bribes maintenant, vous prenez appui sur les pauses dans le dialogue pour vite retourner votre attention sur le lieu où vous êtes, le passé immédiat et votre amical compagnon d’un soir.


    Mais au fait, oui, voilà une pièce de plus. Vous êtes un reitre, c’est ça, un de ces gars sans état d’âme. Payé ? non pas réellement, c’était plus compliqué, c’est à portée de doigt mais ça demanderait un effort et ce n’est pas le moment. Ne fallait-il pas tuer cet elfe assis en face de vous, qui devise si plaisamment des choses de la vie ? Il boîte d’ailleurs, vous le remarquerez encore plus quand il se lèvera. C’est quelque chose de très important qu’il boîte, vous l’avez su, et c’est très important pour lui. Il y a de ces signes qui vous définissent, qui transpercent le corps, l’esprit et l’âme comme une lecture ardente, une clé qui explique tout. Il faudra y fixer votre esprit. Pour l’heure, jamais, vous semble-t-il, n’avez-vous été autant à votre place que maintenant, aussi utile, aussi bien.


    Vous le dévisagez, probablement comme il y a quelques instants, ou depuis ce matin, tant vous perdez la notion du temps à ses côtés. Il a ces traits de cire très pâle, qui vous font penser à une statue ou à une marionnette faite de la main des hommes. Sa voix est mélodieuse. Les longs cheveux blancs tombent en cascade sur une robe de magicien sobre. Il n’a pas besoin d’en faire plus pour vous river d’un regard, un de ces regards doux et profonds mais incroyablement dérangeant, de ceux qui ont atteint un savoir et une puissance, et ont vu que derrière était la nudité. Il va vous dire dans quelques minutes qu’il a fait la guerre civile Mathosienne, que Mornelande est un début et non un fait du passé. Au fait, comment le savez-vous ? Peut-être que cette conversation a déjà eu lieu et que vous vous la remémorez.


    C’est étrange, entre temps le sujet est revenu sur ce dont l’elfe n’arrive plus à se souvenir. Cette Faille il y a quelques années, et ce qui s’y passe. Pourquoi s’y passe demandez-vous ? C’était autrefois. Ses yeux rieurs vous flattent, vous remercient en silence de votre perspicacité. Vous êtes un bon confident. Vous l’aidez à fixer son récit, ses questions. C’est sans doute la position inconfortable sur le rocher, mais vous ne sentez plus vos jambes, vous vous en fichez, le monologue occupe toute votre attention. C’est comme une chanson, comme un poème où il manque des mots. Pourtant vous ne savez pas lire. Et d’habitude savoir où sont vos armes, vos bras et sur quel sol traitre reposent vos pieds vous ont toujours été une seconde nature, celle des gens de votre espèce qui font votre métier.


    Donc, rassemblons nos esprits, vous dites-vous.


    A peine si vous avez regardé la grotte végétale, la frondaison qui accueille votre débat, espère vos questions, cherche un ancrage dans le réel. Car c’est bien de cela dont l’on parle. C’est toujours de cela dont on parle. Le langage a été inventé pour ça, quand on y pense. Alors oui, c’est pour cela que vous êtes là. L’elfe a besoin de vous, il porte un poids. Il dit qu’il sait trop de choses, de trop de livres et de trop d’étude, que la première des magies est ce qu’on fait du réel. Ce qui, soit dit en passant, unit dans un secret commun les illusionnistes, les amoureux et les conteurs.


    L’elfe dit qu’il a une fille et qu’ils se reverront, ou il l’a dit tout à l’heure, que le temps est une illusion, au mieux une succession de paravents mal posés sur un tréteau de théâtre et qui peut verser à tout moment, révélant le faux-nez et les machineries à poulie des comédiens. Il dit que les Failles le prouvent, que les jeux temporels sont le Grand Jeu. Le Grand Jeu. L’elfe parle maintenant des avenirs possibles, évoque des Créatures que lui seul voit et un bocal où il serait prisonnier, ailleurs. Mais il dit que c’est une façon de parler, un symbole qui exprime les limites de ce qu’on peut faire pour peser sur son destin. La vie de chacun est un bocal. Jusqu’où on peut voir à l’extérieur, quand on est dans le bocal ? Mais non, ce bocal dans le royaume des fées, vous le voyez, il l’a suscité. Ou peut-être est-ce la manière des mages de matérialiser des idées. A trop les regarder, deviennent-elles vraies ? Vous flottez de plus en plus, où en est-on de cette conversation ?


    Ah, enfin du réel. Une odeur d’amandes et d’air glacé envahit vos narines. Et deuxième bonne nouvelle, vous avez encore des narines. Soudain vous vous demandez si ce n’est pas l’elfe qui est un rêve, s’il n’a pas perdu son combat dans la Faille, autrefois, s’il n’est pas là-bas, dans le bocal, à distraire les fées. Vous êtes en train de raconter ce que vous savez des terres du Sud, et votre enfance. Vous ne l’avez jamais dit à personne. Vous vous êtes perdu, et lui aussi apparemment. Quel était le fil ? Vous parlez du noir Seigneur des Fées, des déviants de Bois d’Argent qui servent le retour du Primordial. Du Prince Hylas et de ses sbires.


    Tout s’accélère. L’elfe s’agite, sa voix s’altère, ou s’altérait, ou a-t-il toujours parlé comme cela. Il sonne la charge des races écervelées, des Gardiens sans parole, balaye d’une main les valeurs et les croyances. Vous avez très peur, car ce qu’il décrit, ce jardin à perte de vue, vénéneux, mortel et magnifiquement beau, où règnent les elfes purs comme les rois d’autrefois, c’est Telara toute entière, c’est la luxuriante et la mort, la folie et la destruction. Ca ne peut pas finir comme ça. Les herbes prennent vie autour de ses pieds, un peuple d’insectes follement déformés, infirmes et humanisés, rampe de derrière le mur de la grotte. Ou dans le mur. Ou tout près. L’engeance est sur vous !


    Votre cri a fini de retentir. L’espace est petit ici, et les murs ont des oreilles. Non, cela ne sera pas. Je me bats pour que cela ne soit pas. C’était la voix de l’elfe. Comme avec un fil, il vous ramène. Un des avenirs possibles n’est pas le seul. Il faut courber les réalités, achever et sortir vainqueur du combat dans la Faille, celui d’il y a des années, celui qui continue encore. Dit-il. Ailleurs. Ici. Dans la réalité du mage. Reste un petit scolopendre sur le rocher, un petit insecte dont les deux bras humains tiennent des béquilles. Il semble veiller sur le mage, ou le surveiller et ça ne vous étonne même pas, tant tout ceci a la consistance du rêve.


    Je vais vous tuer, dites-vous. Vous ajoutez face au héros tragique : vous êtes une menace pour nous tous, la corruption a mis sa graine en vous. Sans bouger votre corps. Sans vraiment le penser. L’elfe est amical, triste, il a allongé sa jambe malade pour la reposer. Il n’a pas envie de vous laisser, il a tant mis en vous de ses questions. Vous l’avez aidé, sans nul doute, à poser une fois encore son récit, lui qui est si vieux et vous si jeune.


    Il vous dit que c’est vous qui êtes déjà mort, là-bas, à l’entrée de la frondaison. Ca s’est passé hier, ça a été rapide. Vous êtes désolé. Il l’est aussi. Vous êtes si proche de lui, à le toucher. Il vous remercie d’être resté et d’avoir pris le temps de parler avec lui. Peut-être vous reverrez-vous, promet-il, la conversation n’est pas finie et vous vous savez que vous êtes en lui.


    Il ferme les yeux comme dort sa race. Tout est apaisé. Sans déranger, vous vous fondez lentement dans l’air, vous entrez à nouveau dans l’eau vive du flux de ses pensées.


    Avant l’oubli, son nom de sorcier vous accompagne jusqu’au seuil.


    Légendeur.





    .
    Dernière modification par Khuram ; 11/09/2011 à 10h27.

  2. #2

    Par défaut

    Chapitre 1
    Alliance



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    Je ne suis qu’une ombre.

    Le reflet d’une vérité que je ne peux entrevoir.

    Mais ce soir, alors que la fraîcheur de la nuit descend enfin sur Rivage de Fortune, j’ai la conviction d’être l’apocalypse tant voulu par la Maison Aelfwar. J’accomplirai la fin des temps. La forêt marchera contre ses peuples. Les portes s’ouvriront, la Vie déferlera, le monde entrera en mutation. Silence, cruauté, beauté. Les rois elfes règneront comme leurs ancêtres autrefois, dans une splendeur qu’Hylas, s’il y survit, aura la joie de contempler.

    Ceci est mon avenir. Il s’est déjà passé. Enkysté ce soir dans l’un des murs de pierre les plus sombres de cette ville du désert, immobile depuis des heures, des jours peut-être, je rêve, le lierre sortant de moi, m’enroulant, me drapant dans sa pulsation, grimpe de mes manches et de mes jambes sur le mur. Il court, se teint de jaune, pique l’air comme si mille aiguilles de mille atomes explosaient en parcelles de vie pure, enivrante, toxique pour tout autre que moi, électrique. Chaque infime partie de l’air est un monde en soi. Je suis le mur maintenant.

    Je suis le lierre.

    Et je sais que je ne suis pas Celiel Keid. Pas ce soir. Imaginez un miroir qui explose à la fin des temps en des centaines d’éclats. Je suis le remord de Celiel, une larme de sa culpabilité. Je suis un des éclats, à rebours du temps, qui existe ici et maintenant, avant même que le miroir ne soit conçu. Je suis une idée de moi, le reste est dans un bocal au Royaume des Fées.

    Ou dois-je réaliser ce que Celiel Keid est réellement ? Et changer l’avenir, balayer ce mauvais rêve nauséeux de fin du monde comme l’enfant qui se frotte les yeux chasse avec une facilité déconcertante l’idée même du monstre cornu qui le terrifiait avec tant de force dans son rêve nocturne ?

    Je suis le lierre. Et je suis rêverie.

    Plus tôt, ou hier, ou encore avant, j’ai sacrifié des âmes, nombreuses, à la Puissance avec laquelle j’ai créé un Pacte selon les anciens termes protocolaires de la langue des sorciers. Cela s’est passé en dehors de la ville. Ce fut facile. Et sans hésitation. Un mage n’hésite pas.

    Qui croit que la magie est propre ? Quel pauvre innocent croit qu’il s’agit de lancer des éclairs et de faire des glyphes dans l’air ? Pauvres fous, la magie, la vraie magie, est toujours un mal. Elle est le Mal. Elle est un renversement. Elle est une aberration, sa nature est de déranger l’ordre même du monde, d’en contrecarrer ses lois. La vraie magie est subversive.

    Elle vous salit l’âme.

    Le campement des brigands. La brume rampante qui sortit de moi attaqua les chevilles de premiers assaillants, et à son contact, commença à horriblement réorganiser leur chair, leurs tendons en une folie toxique et cancéreuse. Ils chutèrent, exposant le reste de leur corps et leur visage à l’inexorable. Sur ma rétine s’imprimait ce que je connaissais trop bien, cet au-delà des écoles de magie qui terrifiait tous les mentors, un mélange physique et psychique de choses que l’œil n’était pas conçu pour voir et que l’âme n’était pas armée pour traiter. Le monde devint folie. Il devint chaos.

    Leurs cris ne couvraient pas l’appel mental par lequel j’ouvrais les portes du Pacte et donnait en pâture leurs âmes perdues à la Dame des Chemins.

    Un coup mortel de sabre me fendit l’épaule et le sternum. Mon corps s’ouvrit en deux de manière impossible avec un bruit de feuille séchée que l’on rompt en tirant chaque extrémité avec ses mains. La seconde d’après, je m’étais refermé. Mon regard dessécha le brigand. La brume continuait son office de mort, déformant, agglomérant, dédoublant et retranchant des masses de chairs, je déchaînais mon courroux. De mes bras et mon cou sortaient des torsades de plantes grimpantes et florissantes. J’étais extatique, difforme, j’étais chez moi, la puissance appelle la puissance et s’entredévore jusqu’à ce qu’elle se consume. La brèche d’anormalité de la magie de la Vie reflua.

    La magie n’est jamais propre, vous ai-je dit. Maintenant vous me croyez. Celle de la Vie est toute-puissante. Elle est malaise. Folie. Et je suis son apôtre.

    La Dame de Chemins devait être satisfaite. Et moi, Légendeur, le reflet de ce qui sera, je tends une corde vers Elle, vers son ciel en espérant qu’Elle m’aidera le moment venu à retourner à l’endroit où je me suis perdu moi-même.

    C’est un pari. Une Alliance.

    Non. Un contre-feu.

    A plusieurs endroits du Temps.





    Dernière modification par Lycan ; 12/11/2011 à 19h28.

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