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Discussion: Chapitre 1 - Terminé

  1. #1

    Par défaut Chapitre 1 - Terminé

    C'est la première partie, deuxieme partie je développe entre dehn et le gamin et je n'ai pas encore relu donc cela peut encore être modulé ! C'est brut de pomme donc pas encore corrigé, ni ortho, ni grammaire.

    Comme d'hab tout commentaire bienvenue.

    CHAPITRE 1 – AURORE

    « Nous avons tous peur de la fin...
    Pourtant toutes les horreurs se cachent déjà au commencement... »
    Zelata


    Une odeur âcre se dégageait du feu alors qu'on entendait faiblement le crépitement du bois qui l'accompagnait. La fumée noir et épaisse qui s’en dégageait accompagné la masse des corps amoncelés. L'enfant regardait le spectacle qui contrastait étrangement avec la blancheur de la neige d’un œil hagard. C'était un rituel pour la cité mais pour lui c'était principalement une source de chaleur. Ils brulaient les morts afin d'éviter toutes les maladies et il avait pris l'habitude de venir voir chaque semaine. Le taux de mortalité étant élevé, il avait toujours de quoi passer le temps et surtout gagner un peu d’énergie pour survivre davantage au quotidien..

    Ce qui l'amusait en un sens, c'est qu'il n'y avait jamais personne à part lui, seul les quelques charognards accompagnaient ce rite funéraire. Peu de gens restaient pendant ce cérémonial mais cela avait le mérite de lui faire oublier la faim quelques minutes. Il avait remarqué que la mort effrayait la plupart des personnes qui l'entouraient pourtant lui, cela l'indifférait totalement.

    C'était un enfant qui était né dans la rue, tout du moins, il n'avait jamais connu ces parents et il vivait seul. Ce n'était pas vraiment un fait rare dans la vieille cité. De nombreux enfants vagabondaient et tentaient de se nourrir comme il le pouvait. Les trois quarts mourraient avant d'atteindre l'adolescence et le reste mourrait généralement avec leurs mauvaises fréquentations. Lui avait eu de la chance de survire jusqu'à ce jour. Cela n'avait pas été une mince affaire mais il mettait cela sur le compte de la chance.


    Pourtant, il ne voyait pas son avenir d'un œil joyeux et il était bien loin de garder en lui cette candeur innocente que les enfants de son âge pouvaient avoir. Sa vie se résumait à essayer de trouver à manger pour le lendemain et aujourd'hui était à nouveau un de ces jours. Il ne put s’empêcher de passer une main sur son ventre alors que celui-ci criait famine soupirant profondément à ce qui allait devoir suivre.

    Quand le feu s'éteignit, les cadavres n'étaient plus qu’une cendre épaisse et noir, personne n’aurait pu dire que cela avait été des corps. Il resta encore un bref instant mais il savait que la chaleur allait se retirer rapidement par ces longs jours d'hiver. Il ne devait pas rester inactif pour ne pas perdre le peu de chaleur qu'il avait emmagasiné. Il passa à nouveau sa main sur son ventre puis s’éclipsa telle une petite ombre, il se glissa dans les méandres des ruelles avoisinantes sans que personne ne le remarque.

    Malgré son âge, il avait ces habitudes sachant parfaitement où il pourrait trouver de la nourriture tout du moins des restes qui pourraient le rassasier quelques temps. Il aurait pu tenter de s'infiltrer dans les hauts quartiers de la cité mais c'était beaucoup trop risqué. Il n'avait aucune envie de se faire attraper et les ruelles n'étaient pas sur pour les mendiants.


    L'ancienne cité de Ciavinaur avait des règles assez strictes. Cité état, elle était dans les hauteurs du monde si bien que l'hiver était l'un des pires qu'on pouvait connaître. Elle accueillait de nombreux voyageurs, des criminels, des aventuriers et tous ceux qui voulaient trouver en ces lieux un refuge autre que les grandes nations. Elle avait ces propres règles mais aussi ces propres problèmes et la mendicité était l'un d'eux. Bien que la cité ait finit par prospérer dans ces conditions extrêmes, elle n'en restait pas moins dangereuses et mal fréquentés. Si bien que chaque recoin recelait de grands dangers. Les hauts quartiers bien que marqués par l'opulence de ceux qui y habitaient étaient remplis de voleurs qui profitaient de ces richesses et les mendiants étaient souvent enrôlés de grès ou de force. L'enfant le savait et il n'avait aucune envie d'être sous les ordres de qui que ce soit, il connaissait bien trop d'enfant qui ne survivait que bien trop peu de temps dans ce genre d'organisation.


    Son regard se perdit dans les cieux un instant. Le soleil était déjà bien avancé, midi était déjà passé, ils y avaient plus eu de corps ce matin. Toujours plus d’ailleurs ces derniers temps mais pour lui cela n’avait pas vraiment de sens. Toutefois, il avait perdu du temps à se réchauffer. Il se doutait que ce ne serait pas facile de récupérer à manger, d'autres enfants ou pire pour lui des adultes avaient surement fait toutes les arrières courts des auberges du quartier. Il avait pourtant faim, cela faisait plusieurs jours qu'il n'y avait rien eu de potable à manger. Heureusement, l'eau n'était pas vraiment un souci avec toute cette neige.

    Alors qu'il se promenait dans une ruelle, il entendit des bruits provenant non loin de lui. Il savait que c'était peut-être sa chance pour se nourrir. Le son était venu d'une ruelle adjacente, il analysa rapidement la situation en y arrivant.

    C'était l'arrière court d'une des auberges qu'il avait pour habitude de côtoyer. Un cuisinier venait de jeter certains restes dans la ruelle et des rats s'étaient déjà approchés pour déguster leur repas. Sa chance, se dit-il, malheureusement cet espoir disparut rapidement quand il vit un jeune adolescent s'approcher. Il chassa les rats et se jeta sur la nourriture pour manger.


    L'enfant soupira, ce n'était pas encore aujourd'hui qu'il mangerait. Il allait reculer lorsque son pied heurta une pierre qui le fit trébucher en arrière. Il se gela sur place, par peur que l'adolescent l'ait entendu. Dans sa condition, il savait qu'il ne pouvait faire confiance à personne. Les enfants étaient loin de se serrer les coudes dans cette cité et généralement les grands tentaient de prendre l’ascendant sur les plus petits, les obligeant à travailler pour eux. Il n’avait aucune envie qu’il le voit ou l’entende. Aucune envie non plus de parler avec lui.


    Heureusement, celui-ci n'avait pas bougé d'un pouce bien trop occupé à manger, il n’avait pas vu l’enfant. Il souffla de soulagement puis son regard tomba sur la pierre sur laquelle il était tombé. Elle était grosse mais assez légère pour être porté, l'un de ces cotés était tranchant. Il aurait pu se faire mal s’il était mal tombé voir peut être même se tuer.


    Il se releva, son regard ne lâchant pas la pierre des yeux. Il finit par la ramasser et regarda l'adolescent. Une idée commençait à poindre dans son esprit alors que son estomac continuait sans cesse à le tirailler.


    Vivre ou mourir, c'est ainsi que cela fonctionnait dans cette ancienne cité. Il savait qu'il avait déjà pris sa décision. A son âge, il n’avait pas cette notion de bien ou de mal. La seule chose qui l’obnubilait était sa faim. Il s'avança vers l'adolescent qui ne l'avait toujours pas remarqué. Lui aussi devait avoir faim. Quelle importance pour lui ? Aucune, il avait simplement envie d’oublier tout ça, de survivre...

    Lorsqu'il fut assez prêt, il hésita un instant. La pierre couverte de gel étincelait légèrement. Il leva sa pierre la tenant au-dessus de la nuque de l'adolescent. Bientôt, il aurait terminé de tout manger, bientôt, il mourrait de faim. La pierre s'abattit brusquement, les os craquèrent et le sang gicla sur le visage du jeune enfant. Sa cible poussa un râle de douleur et s'écroula sur le sol dans des spasmes de douleur.


    L'enfant regarda le corps un instant sans rien dire, ces mains couverts de sang. Il regardait le corps avec une indifférence qui aurait pu faire froid dans le dos à quelconque spectateur. Il jeta un œil alentour comme par réflexe mais ne vit personne poussant un soupir de soulagement. Le meurtre n'était pas une chose prise à la légère.


    Immédiatement après, l'enfant prit la nourriture et s'enfuit de la scène du crime sans demander son reste. Il ne jeta pas un seul regard en arrière. C'était la première fois qu'il tuait quelqu'un et pourtant il ne sentait pas le poids du remord, il avait juste faim. Cela avait été une nécessité qu'il recommencerait autant de fois qu'il jugerait nécessaire.


    Demain un autre corps serait brulé et ce serait lui qui aurait attisé le feu.
    ***

    La pièce était remplie de tenture rouge et elle semblait si bien agencée. Différents mets se trouvaient dans une coupelle démontrant en ces rudes mois d’hiver tout la richesse de la personne qui habitait ici. De l’autre côté, on pouvait voir de nombreuses livres posaient sur des bibliothèques à l’allure ancienne et bigarrés. Des connaisseurs auraient pu y trouver bien des ouvrages anciens que certaines organisations de la cité jalousaient secrètement.

    Au fond de la pièce se trouvait un homme. Il ne payait pas de mine avec ces cheveux grisonnants et sa calvitie naissante pourtant sa musculature laissé deviner un ancien combattant. Son visage à la fois sévère et sage inspirait pourtant la confiance. Il le fallait bien quand on était l’un des marchands les plus influents de la cité. Ces yeux étaient pourtant fatigués, sa main tremblée alors qu’il lisait un livre avachis sur son bureau. Malgré son état, il semblait déterminé à finir sa lecture ce qu’il aurait pu faire si quelqu’un n’avait pas frappé à la porte.

    Ce désagrément déclencha un profond soupire chez le vieil homme. Il ferma le livre et le retourna apparemment pour cacher sa lecture à son visiteur. Un jeune homme rentra, il portait une robe noire qui malgré sa simplicité était orné de quelques décorations discrètes. Fait plus intriguant, il semblait avoir les yeux encore plus fatigués que le vieil homme. Sa stature n’avait rien de celle d’un guerrier et son visage assez jeune était encadré par des cheveux noirs bien coiffé. Son visage par contre semblait porter une certaine tristesse.


    - Maitre Dehn ?

    - Istwick, je t’ai déjà dit de ne pas me déranger durant ma lecture.
    - C’est assez urgent, Maitre. Les nouvelles sont mauvaises. Le Silence commence à s’agiter.

    Dehn s’attendait à cette nouvelle. Ces dernières recherches avaient démontré que quelque chose se préparait. Il ne savait pas vraiment quoi. Ces recherches ésotériques étaient bien loin de ces centres d’intérêt mais il avait toujours su que ce moment viendrait. Il s’y était préparé et avait petit à petit placé ces pions, en bon marchand, bien décidé à en profiter.

    - Donc je dirais que la brume se dissipe et que ces aveugles ont enfin compris. Sais-tu combien de temps il nous reste ?
    - Non, leur Maitre est resté vague.

    Le vieil homme hocha de la tête pour acquiescer. Il ne doutait pas qu’il était resté vague. C’était un incapable doublé d’un menteur comme beaucoup de ceux qui avaient été à ce poste d’ailleurs. Cela semblait les attirer comme des mouches, surement la croyance d’avoir accès à toutes sortes de pouvoir fournis par les innommables. Il finit par soupirer mais ne put s’empêcher de sourire. L’attente avait été longue mais il était certain que l’attente valait son pesant d’or. Il ne lui restait surement plus que quelques années mais ce serait suffisant pour placer ces pions et préparait une partie qu’il savait âpre. Les dirigeants de la cité ne se laisseraient pas faire mais qu’importe, il savait déjà la finalité.

    Son regard finit par tomber sur le tableau de sa femme qui trônait au mur. Elle y était belle, ces traits transpirant de jeunesse. Il finit signe d’un geste vague au jeune homme de se retirer puis il se leva se rapprochant de la toile passant sa main sur les aspérités de la peinture comme s’il voulait l’atteindre.

    - C’est grâce à toi que j’atteindrais mon but. Tu m’as toujours soutenu.

    Il sembla sourire dans le vide, son air était absent. Il lui restait toutefois encore beaucoup de détail à régler. Il ne savait pas encore pourquoi elle l’avait choisi. Le temps lui dirait certainement.
    ***

    L’enfant observait la ruelle avec attention. Cela faisait quelques mois qu’il avait tué le jeune adolescent et il était à présent très prudent. Ce n’était pas une forme de remord, simplement la volonté de survivre et même si il se doutait que personne ne le retrouverait, il était méfiant. C’était simplement la vie dans la rue qui lui avait appris à rester toujours sur le qui-vive. Son quotidien n’avait pourtant pas beaucoup changé. Il passait le plus clair de son temps à fureter pour trouver de la nourriture sans réel but ni envie hormis celle de rester en vie. Il n’avait de toute façon aucune prétention de se le permettre. Au moins le temps était clément ces derniers jours.

    Il avait à nouveau tué mais uniquement quand le besoin se faisait sentir. Il trouvait cela étrange que cela soit aussi facile pour lui comme si cela ne l’affectait pas, comme si cela n’avait finalement que peu d’importance. Un sentiment étrange pour lui, il savait que ce qu’il faisait été mal, il l’avait compris tout du moins en voyant l’attitude des gens qui vaquaient dans cette cité et leur attitude face à la mort mais cela ne l’atteignait pas.

    Il n’était finalement qu’une ombre dans cette cité filant entre les ruelles. Personne ne connaissait son nom, personne ne faisait attention au petit enfant sale au visage innocent et à la chevelure noir. Il l’avait bien assez vite compris et il s’était juré de ne jamais mendier. Cela voulait dire être redevable et les grands pouvaient être dangereux d’après son expérience.

    - Tu ne devrais pas rester dans la rue seul, petit.

    Le petit garçon sursauta et se retourna brusquement se plaquant contre le mur qui était derrière par réflexe. Personne ne le remarquait habituellement et cela lui avait déclenché la plus belle trouille de sa vie. Il resta un instant sans rien dire fouillant du regard la pénombre à la recherche de son interlocuteur. Un homme sembla s’avancer vers lui, il ne pouvait voir son visage et il portait une lourde capuche sur sa tête l’empêchant de voir son identité. Pourtant malgré sa situation, il n’avait pas peur. Il resta là donc sans rien dire attendant de voir ce que cet homme lui voulait.

    - Je ne te veux pas de mal, ne t’inquiètes pas. Pour tout dire, je souhaite simplement obtenir un peu de ton aide.

    Le garçon secoua de la tête. Il n’avait aucune intention de parler avec cet homme, ni de lui accorder quoique ce soit et il commença à regarder les ruelles autour de lui, ces options étaient peu nombreuses. Il s’était déjà faufilé dans ces rues et il les connaissait par cœur pour la plupart mais pour cela il faudrait arriver à détourner l’attention de l’homme ne serait ce même que quelques secondes.

    - Tu as perdu ta langue ? Tu n’as pas le choix pour tout dire.

    L’homme attrapa le gamin par le bras et le tira dans les ruelles. Il aurait voulu s’échapper mais rien n’y faisait, il était bien plus fort que lui et il ne put se rendre qu’à l’évidence, c’était la fin. Il s’était fait à cette idée depuis longtemps à présent et il savait que tôt ou tard, quelqu’un l’attraperait. Etait-ce l’un des parents des enfants qu’il avait tué ? Quoiqu’il en soit il ne disait rien et enfilait les ruelles si rapidement qu’il avait peine à le suivre. S’il avait prêté plus attention à ce qui l’entourait pendant sa marche, il aurait surement remarqué que l’homme n’empruntait que des ruelles discrètes. Ils finirent par arriver devant une maison insalubre. Les murs étaient couverts de crasse et même la pureté de la neige ne couvrait pas l’état pitoyable de l’endroit. La maison semblait pourtant habité, de la fumée semblait sortir de la cheminée et une odeur âcre se dégageait de l’endroit. Une odeur qui ressemblait étrangement à ce qu’il sentait lors des crémations.

    L’homme s’arrêta et ramena le gamin contre lui s’abaissant à sa hauteur, il glissa une petite fiole dans sa main.

    - Tu veux garder ta liberté ? Alors écoutes moi bien, rentres dans cette baraque. Les gens qui sont à l’intérieur devraient t’emmener dans un endroit où il y aura un autre enfant. Je veux que tu lui fasses boire ça…Après, je te donnerais assez à manger pour une semaine complète.

    L’enfant regarda l’homme de manière dubitative mais il serra sa main sur la fiole en hochant de la tête. Une semaine, c’était bien plus qu’il ne l’avait jamais espéré. Avec autant de nourriture, il pourrait être en sécurité assez longtemps pour ne plus avoir à risquer sa vie inutilement. Il regarda l’homme un instant qui finit par le lâcher puis la maison.

    D’un pas décidé, il avança vers la porte sans même se retourner. Il aurait pu se rebeller, tenter de fuir mais il s’avait que cela aurait été vain. Il était trop rapide pour lui et au final, cela aurait été à son désavantage. Autant faire croire qu’il coopérait pour l’instant, il aurait tout loisir de s’échapper plus tard tout du moins si il survivait à ce qu’il y avait à l’intérieur de cette maison. Plus il approchait de la porte, moins il était rassuré, il continua pourtant à marcher droit devant lui et il tapa à la porte doucement. Un homme ouvrit la porte brusquement, son visage était ferme et sévère. Il portait une arme à sa ceinture et sa musculature ne laissait aucun doute sur sa force. Le garçon se demanda immédiatement si le remède n’était pas plus dangereux que le mal et il était à deux doigts de faire demi-tour quand la main de l’homme l’attrapa fermement.

    - Qu’est-ce que tu viens foutre dans le coin, petit…

    L’homme n’attendit même pas sa réponse. Sans oublier de jeter un œil alentour pour vérifier que personne ne les regardait, il embarqua le garçon dans la maison. Celui-ci cacha immédiatement par réflexe la fiole dans sa manche. Son regard ne lâchait pas les alentours cherchant désespérément un moyen de sortir en cas de danger mais toutes les fenêtres étaient étrangement barricadées. Il se demandait ce que pouvait bien faire ces gens terraient ici.

    Il s’attarda ensuite sur les environs. Il semblait y avoir beaucoup de monde qui y vivait et l’odeur qui emplissait les environs étaient puantes si bien qu’il ne put s’empêcher de plisser le nez. Les personnes qu’ils croisaient sur le chemin le scruter étrangement mais lui ne leur prêtait pas vraiment attention bien trop occupé à chercher un moyen de survivre. Sans un mot ou une explication, il fut rapidement trainer jusqu’à une pièce assez sombre où il fut jeté sans ménagement malgré ces protestations. La porte se referma immédiatement après derrière lui. Il se releva et tenta de la rouvrir, frappant de ces petites mains sur la surface dure du bois.

    - Cela ne sert à rien, j’ai déjà essayé…

    La voix provenait de derrière lui, c’était celle d’un enfant. Cette fois-ci, il ne sursauta pas et se retourna pour apercevoir la personne qui lui avait parlé. C’était un enfant, il n’était pas beaucoup plus âgé que lui. Il semblait plutôt bien se porter et était même plutôt bien en chair.

    Surement un gamin de la ville haute, pensa-t-il mais il ne lui répondit rien. Il n’aimait pas parlé, c’était une perte de temps surtout pour dire des banalités aussi grossières. Il alla s’assoir dans un coin et réfléchit à sa situation pendant que l’autre enfant commençait à raconter sa vie dans un fouillis à peine compréhensible d’enfant espérant peut être apporté une réaction chez son nouveau compagne d’infortune.

    - Cela fait plusieurs jours que je suis ici, je suis content de voir un autre enfant. Ils m’ont bien nourris et les autres enfants aussi… Mais ils sont tous partis. Ils ont du les ramener à leur parent. Ils nous amènent bien à manger.

    Le garçon se moquait de ce qu’il racontait pourtant quelque chose l’interpellait. Si d’autres enfants étaient présents, quelque chose lui disait que leur absence n’était pas anodine. Il mit la main sur la fiole machinalement repensant à ce que lui avait dit l’autre homme. Il était certain que ce qu’il avait donné n’était pas pour aider la santé de l’autre enfant. A cette pensée, il ne put s’empêcher de sourire, au moins, cela le ferait taire. Il soupira profondément se demandant combien de temps il allait rester ici mais au moins il était au chaud. Il sortit sa fiole et commença à jouer pendant que l’autre abandonnait enfin l’idée de lui parler devant son manque flagrant de réaction.

    A ce moment-là, il n’avait de toute façon d’autres choix que d’attendre. Son oreille était attentive au moindre bruit. C’était avec le temps passé dans la rue comme un réflexe de survie, une façon pour lui de se trouver un brin de compagnie dans sa solitude. Il était certains de ne pas avoir beaucoup de chance de faire ce qu’il avait à faire. Il regardait de temps en temps l’autre enfant, cela serait plus facile si il sympathisait avec lui mais étrangement, les contacts avec les autres le dégoutaient et cela serait une faiblesse que de s’attendrir pour lui. Il haussa des épaules.

    C’est à ce moment qu’une personne rentra, c’était une femme plutôt bien portante. Ces formes généreuses et son sourire avenant contrastait avec la saleté de ces vêtements et l’odeur puante qu’elle dégageait. Ces yeux semblèrent scruter l’obscurité avant qu’elle ne dépose deux assiettes de nourriture par terre.

    - Pour vous les gamins, mangez bien, c’est délicieux et préparez avec amour par votre belle maman.

    Disant cela, elle ne put s’empêcher de regarder le gamin bien en chair et lui rajouta :

    - Et soit prêt, nous allons te faire sortir très bientôt.

    L’annonce sembla le rendre heureux pourtant lui se doutait que cela soit une si bonne nouvelle. Un homme arriva par derrière et attrapa la femme pour l’attirer à lui. Il posa ces mains sur ces seins en l’attirant contre lui la serrant tout en soulevant sa jupe, malaxant sa graisse avec une envie vicelarde dans les yeux.

    - Arrêtes, pas devant eux, gloussa la femme.

    L’homme ne sembla pas très pressé de l’écouter mais la jeune femme le poussa vers l’extérieur de la pièce fermant la porte derrière dans un claquement tout en gloussant à nouveau. Une fois que la porte fut fermée, le garçon se déplaça rapidement pour récupérer son assiette et regarda le contenu. Les deux assiettes étaient bien pleines. A croire que les habitants voulaient les engraisser. La qualité de la nourriture ne semblait pas mauvaise malgré l’insalubrité des lieux. Il leva alors son regard sur l’autre garçon qui s’était avancé à son tour pour récupérer son assiette, lui par contre, commença directement à manger goulument. On entendait encore les gémissements de la femme derrière la porte mais aucun des deux n’y prêtaient vraiment attention.

    L’enfant secoua la tête soupirant. Il n’avait plus beaucoup de temps et prit la fiole qu’il avait caché soigneusement, il versa le contenu dans la nourriture discrètement puis il s’approcha de l’autre garçon déversant tout dans l’autre assiette. Celui-ci ne sembla pas comprendre puis lui rendit un gros sourire.

    - Oh merci beaucoup mais tu m’as l’air maigre, tu es sur que tu n’en veux pas ?

    Amusé, il ne répondit rien et retourna s’assoir dans le silence le regardant manger avec envie même si il savait qu’il ne fallait pas qu’il touche à cette nourriture. Il était jeune mais pas idiot. Il se doutait parfaitement ce que la jeune femme voulait dire en disant qu’elle le ferait bientôt sortir.


    ***

    Après avoir mangé, les deux garçons s’étaient légèrement assoupis et ce n’est que quelques heures plus tard alors que la nuit était bien avancée qu’ils les entendirent revenir. Un homme rentra et prit l’autre enfant par le poignée sans ménagement.

    - Allez on y va, gamin !

    Le trainant hors de la salle, celui-ci lui faisait un signe de la main innocent pour dire au revoir au garçon ce qui ne manqua de déclencher un hochement de tête. Une telle innocence semblait le fatigué mais il était heureux de se retrouver à nouveau seul. L’avenir ne semblait pas vraiment rose mais au moins il n’avait plus à supporter un autre enfant. Dans la salle, il se demandait combien de temps il allait trainer dans ce trou à rat et surtout s’il allait manger la nourriture. Il avait pris le temps de regarder tous les recoins et il n’avait trouvé aucune possibilité de sortie. La seule porte était celle qui menait à ces adultes.

    Il soupira, finalement, il s’était fait mener en bateau par l’autre. Il était à présent piégé et il se demandait comment il allait en sortir. Manger ne semblait pas une possibilité viable pourtant, son estomac ne cessait de crier famine.

    Il ne fallut pas attendre longtemps avant qu’un cri n’attire son attention. Ce n’était pas le cri d’un enfant mais celui d’une femme. D’autres bruits suivirent qui ressemblait étrangement à de la vaisselle brisée et d’autres sons du même acabit. Peu de temps après, il entendit la porte de sa prison s’ouvrir. Un homme se tenait là, des rougeurs purulentes et couvertes de sang sur le visage il avait la bave aux lèvres et regardait l’enfant avec une arme dans la main.

    - C’est toi qui a fait ça !

    L’enfant sentait bien qu’il n’avait plus beaucoup de temps mais les options étaient très réduites il tenta désespérément de trouver un caillou pour se défendre mais il n’y avait rien. L’homme allait se jeter sur lui quand une lame le transperça au niveau du cœur et il tomba au sol dans un bruit sourd en poussant un râle de douleur. Derrière se trouvait l’homme qui l’avait mis dans cette maison. Il sourit sous sa capuche, son visage toujours difficilement visible, il tendit la main vers lui.

    - Tu as bien travaillé garçon. Tu auras ta récompense.

    Le jeune garçon ne savait pas si il devait être soulagé ou en colère mais il prit la main de l’homme sans savoir que cela scellait bien plus qu’il ne le pensait vraiment à cet instant.


    ***

    Peu de temps après, l’homme avait emmené l’enfant vers une maison dans les hauts quartiers. Il était épuisé et n’avait pas vraiment montré de résistance. De toute façon, pour lui, tout était mieux que cette prison. La bâtisse était gigantesque surtout aux yeux d’un enfant de cet âge et surtout son opulence contrastait tellement avec les bâtiments du bas quartier que cela l’émerveillait. Ces yeux scintillaient légèrement de cette candeur de l’enfance finalement pas si enfouis que cela en lui malgré ce qu’il avait traversé. L’espoir et l’optimisme renaissait un peu sous sa couche de crasse.
    Il fut amené jusqu’à une pièce tout aussi bien agencé, c’est à ce moment précis que l’homme choisis de retirer sa capuche montrant des cheveux grisonnants et une calvitie naissante. Il avait un visage plutôt avenant et en pleine santé. Il sourit à l’enfant.

    - Assieds-toi, je m’appelle Dehn et toi ?

    L’enfant ne répondit pas, il se contenta d’hausser les épaules nonchalamment. Il n’aimait pas parler et il n’avait pas vraiment apprit à le faire depuis sa jeunesse, il avait toujours vécu seul. Pourtant dans ces souvenirs, il se rappelait avoir vécu avec ces parents mais cela semblait si lointain à présent, plus comme un rêve qu'une réalité. La vie dans la rue demandait une telle énergie chaque jour qu’il devait se centrer uniquement sur sa survie. Finalement, il n'avait jamais vraiment parlé se contentant d'écouter ceux qui lui parlaient. Le vieil homme s'était retourné et commençait à préparer une assiette de fruit qu'il déposa devant l'enfant.

    – Il te faut un nom, disant cela vaguement tout en réfléchissant.

    Le garçon hausse des épaules, son regard était visiblement attiré par la nourriture qu'il commença à manger avec avidité tout en faisant cela il regardait autour de lui comme par automatisme afin de vérifier si personne ne lui volerait sa nourriture. Le vieil homme resta un instant à le regarder manger à la fois interloquer et amusé par la réaction du garçon.

    – Je vais te t'appeler Panthère, cela t'irait bien.

    Le nouveau nommé Panthère ne faisait même pas attention à ce que disait le vieil homme. Il continuait à se rassasier de ce qui lui était offert. Il ne mit pas longtemps à terminer son assiette regardant enfin autour de lui avec un air rassasié. Il n'avait jamais eu autant de nourriture rien que pour lui et la chaleur dans la pièce lui faisait presque oublié les dangers de la nuit.

    – Bien, écoutes moi, Panthère, je ne vais pas te relâcher dans la rue, ni même te laisser seul alors que l'hiver est rude cet année. Si tu le souhaites, j'ai du travail pour toi et tu y trouveras de quoi rémunérer ta peine. Si tu aimes cette chaleur et cette nourriture, je sais que tu feras le bon choix.

    L'enfant regarda le vieil homme puis son regard se posa sur la fenêtre qui se trouvait derrière. La neige tombait ce soir-là intensément et il se doutait que cela aurait été une de ces nuits où il dormirait difficilement mais ces missions seraient surement aussi dangereuses que la précédente. Il haussa des épaules, mourir pour mourir, autant mourir le ventre plein. Il hocha alors de la tête pour accepter. Le vieil homme sourit puis rétorqua d'une voix posée :

    – C'est décidé alors mais je ne te laisserais pas seul. Je vais t'apprendre à te défendre autrement qu'avec des pierres et aussi t'apprendre à délier cette langue quand il le faut. Je te préviens que cela ne sera pas facile mais ce sera toujours mieux que de mourir de froid...

    Ou pas, se dit Panthère. De toute façon, il avait déjà fait son choix en ne prenant pas la fuite. Son destin était lié à cet homme, il le sentait d’une certaine façon...


    ***

    Le temps avait passé, cela faisait maintenant plusieurs mois que Panthère habitait chez le vieil homme. Une petite chambre lui avait été aménagée avec un lit et un vrai matelas. Il n'était plus vraiment sale mais portait toujours ce regard morne et détaché comme si les stigmates de la rue ne pourraient jamais vraiment s'effacer. Depuis qu'il était ici, Dehn n'avait cessé de vouloir lui apprendre des choses.

    Pour l'instant, il s'entrainait à manier la dague sur un mannequin. Le vieil homme regardait chacun de ces gestes essayant de trouver les failles dans ces mouvements, pointant du doigt chaque défaut. Il était étonné de voir comme cet enfant avait développé une telle proportion à s'adapter rapidement. Il n'était pas plus agile, pas plus musclé, pas vraiment non plus intelligent. Il s'adaptait simplement rapidement aux diverses situations qu'il rencontrait comme si il était toujours en recul et que rien ne le touchait vraiment.

    Ce n'était pas un enfant ordinaire mais il n'était en rien extraordinaire ce qui le rendait tout à fait indispensable à ces yeux.

    – Tu es trop lent, Panthère. Il faut que tu apprennes à agir vite. Plus tu es lent, plus tu offres à l'ennemi l'opportunité de te frapper voir pire te tuer.

    L'enfant continuait ces mouvements et même si il ne répondit pas, il essaya comme il le pouvait d'accélérer pour suivre les conseils du vieil homme. Beaucoup de chose avait changé pour lui ces derniers temps et il s'était fixé un but. Ne plus jamais se retrouver dans la rue à devoir manger pour survivre. Alors il s'entrainait sans relâche car c'était la seule qu'il connaissait, la seule chance qu'on lui offrait pour acheter une vie qu'il aurait surement du perdre durant les rudes hivers qu'il avait passé à l’extérieur.

    Parfois il repensait à ce premier enfant qu'il avait tué. Il se revoyait lever la pierre et l'abattre mais il n'éprouvait aucun remord, simplement de la peine pour l'enfant qu'il était alors.

    Chaque jour qu'il passait à s'entrainer, chaque instant qu'il y consacrait, il essayait de se rapprocher de plus en plus de son but.

    Son corps s’était raffermis au cours de ces derniers mois et malgré son corps encore jeune, il avait pris en maturité. La nourriture plus saine et l’entrainement intensif y était pour beaucoup.

    – Ce soir, j'ai une mission pour toi, petit.

    Dehn avait dit cela de façon assez morne. C'était la première fois depuis leur rencontre et cela fit sortir immédiatement Panthère de ces pensées. Il s'arrêta et regarda le vieil avec interrogation.

    – C'est aujourd'hui que tu vas me prouver que je n'ai pas parié sur le mauvais cheval et que cet entrainement que tu fais ne te sert pas à rien.

    Le garçon hocha de la tête. Son expression oscillait entre joie et indifférence mais il voulait prouver sa valeur. Aussi bien à ce vieil homme qu’il avait finis par apprécier qu’à ce jeune enfant qu’il ait été et perdu.

    – Viens avec moi.

    Il l'accompagna jusqu'à la salle d'arme où il ouvrit un coffre. A l'intérieur se trouvait des vêtements assez miteux ainsi qu'une dague magnifiquement ouvragé. Panthère ne put s'empêcher de la prendre en main et de la soupeser sous le regard fermé du vieil homme. Il avait fini malgré tout par s'attacher à ce jeune garçon mais il n'avait pas vraiment le choix, s'il voulait atteindre son but.

    – Tu dois avoir surement du te demander pourquoi je t'ai choisis pour ces missions. J'ai besoin de quelqu'un qui attire assez la pitié et l'indulgence sans éveiller aucun soupçon. Tu vas devoir tuer pour moi, Panthère et tu vas devoir faire en sortes qu'on croit que ce n'est qu'un simple accident. Plus tu tueras, plus tu toucheras à ta liberté...

    Le jeune garçon regardait le vieil homme. Avec le temps, il s'était fait à sa nouvelle vie et il n'avait plus vraiment envie de regarder cette liberté. Il avait été gentil avec lui et il comprenait parfaitement ce qu'il attendait de lui. Il le ferait non pas pour sa liberté mais pour gagner sa confiance, son amour. Ce n'était qu'un enfant et c'est tout ce qu'il recherchait. Il posa sur Dehn un regard déterminé et dit :

    – Ce sera fait.

    Avec le temps, il avait pris confiance en cet homme qui l'avait accueilli et il avait commencé à dire quelques mots afin de dialoguer plus facilement mais il se contentait toujours du strict minimum.

    – Tu vas t'infiltrer dans une famille, gagner leur confiance et les tuer tous au moment où tu jugeras le plus opportun. Tu as ma confiance.

    Panthère sourit, pour lui cela représentait tout, tout ce qu'il n'avait jamais vécu. Il prit les vêtements, rangea la dague soigneusement. Il était prêt à partir en chasse.


    ***

    La mission que lui avait confiée Dehn n'était pas difficile. Il avait décidé de se rapprocher du plus jeune afin de s'accorder la confiance de la famille. C'était une famille marchande de la cité, plutôt fortuné, ils avaient plusieurs commerces bien établis et jouissait d'une très bonne réputation. Leur maison avait le luxe des marchands si bien que Panthère n'avait pas été dépaysée. Il ne s'était pas demandé pourquoi le vieil homme lui avait demandé de s'occuper d'eux. Pour lui il était là pour une seule raison.

    La famille était composée du père, un homme rude, sévère mais qui semblait avoir le cœur sur la main, de la mère qui avait tout de la bonne mère de famille qui s'occupait tendrement de son seul petit garçon. Ils avaient l'air heureux et n'avaient pas de serviteur. Lors d'une des sorties de leur enfant, il l'avait approché et il avait réussis à pénétrer dans la maison en jouant avec lui. Le vieil homme lui avait appris que le plus simple pour ne jamais se faire attraper était de paraître le plus normal possible et il lui avait appris à être un enfant tout simplement.

    Ils avaient finalement établis un code qu'il avait dû apprendre par cœur et la première règle était de ne jamais laisser de trace de sa présence. Dehn l'avait choisi car il savait que cela ne serait pas difficile pour lui. Si il y avait bien une chose qu'il avait été obligé de comprendre durant son séjour dans la rue, c'est qu'il devait rester cacher.

    Voyant, Panthère jouait avec son enfant, la mère avait pris pitié et l'avait invité à dormir chez eux ce soir-là. C'était l'heure du repas et ils s'étaient installés à table.

    – Alors, comme ça tu ne parles pas ? Demanda le père en regardant l'invité à sa table.

    Il secoua la tête faisant un air légèrement triste, son visage semblait si innocent, si angélique encadrait par ces yeux noirs de jais qu'il ne put s'empêcher de lui sourire.

    – Pauvre garçon, il a dû avoir froid cet hiver, répliqua la mère en servant à manger. Cette cité est vraiment un cloaque, répliqua la mère qui semblait sincèrement désolé pour l'enfant.
    – Nous finirons par partir, mon cœur, je te le promets.

    La femme sourit à son mari d'un air aimant et posa sa main sur la sienne tout en s'asseyant.

    – Cela n'a pas d'importance de toute façon, mangeons ! Je suis sûr que vous devez être affamé, vous avez joué toute la journée.

    Elle sourit aux deux garçons qui commencèrent à manger sous le regard bienveillant des deux parents. La nourriture était très bonne voir même excellente. Panthère pouvait sentir cette douceur et cet amour. Il aurait pût s’attendrir de ce cadre idyllique mais rien n’y faisait. Il restait là, inerte sans réels émotions. Il jouait son rôle à la perfection. Le diner se passa très bien mais il ne put s’empêcher de penser à cette gêne qu’il ressentait. Pourquoi ne ressentait-il rien ? Pourquoi n’avait-il pas cette innocence dans le regard ? Il finit son assiette sans dire un mot comme à son habitude écoutant les rires et les paroles échangés alors que dans son esprit s’échafaudait ces plans et sa réflexion.


    ***

    La nuit était bien avancée, les lumières de la lune filtraient à travers les fenêtres laissant une atmosphère pesante dans la maisonnée endormie. Peu de bruit filtrait dans les ombres de la nuit et seuls les cris des animaux errants de la cité se faisaient entendre. Panthère s’était discrètement, glissé de son lit avec agilité, il regarda un instant l’autre garçon puis son regard se baissa sur ces vêtements, il se pencha pour y récupérer la dague qu’il y avait cachée d’un air morne. Sa lame s’illumina d’une légère aura blanche à la luminosité de l’astre lunaire. Ces petits yeux fouillèrent dans l’obscurité plus par réflexe que par peur d’être vu mais bien entendu il n’y avait que lui et l’autre enfant. Dehn avait bien notifié qu’il ne devait aucune trace de son passage. Il se rhabilla alors doucement réfléchissant à ce qu’il allait faire.

    Son état d’esprit oscillait entre la peur et une étrange forme d’excitation qu’il semblait n’avoir jamais connu. Son premier but était d’aller s’occuper des parents, surtout le père, vu sa carrure, il représentait et de loin la personne la plus dangereuse dans la maison. Panthère n’avait aucune envie de s’y frotter directement. Il n’aurait de toute façon strictement aucune chance. Il se glissa hors de la chambre, tuer l’enfant maintenant n’était pas utile, le couloir était encore plus sombre que le reste de la maison. Il n’y avait aucune fenêtre ni lumière direct. Il attendit quelques secondes, le temps que ces yeux s’habituent à l’obscurité serrant fermement la dague dans sa main, la seule chose qui semblait tangible autour de lui. Il s’approcha doucement de la chambre, la porte était légèrement entrouvert laissant entrevoir les ombres endormis sur le grand lit qui trônait au centre de la pièce. De l’extérieur, il entendait les respirations fortes et régulières de ces occupants. Il poussa légèrement la porte du bout des doigts, elle grinça légèrement mais s’arrêta rapidement ne lui laissant qu’un tout petit espace pour qu’il puisse passer. Surpris par le bruit, il se figea un instant n’osant même respirer mais il fut vite rassurer de voir qu’ils dormaient toujours si il se fiait à leur respiration.

    Il avança doucement du lit tout en regardant les ombres qui se reflétaient tout autour de lui dans une danse orchestrait par la lune. S’il y avait bien une chose dont il n’avait pas peur, c’était de la nuit. Quand il était dans la rue, c’était même dans ces moments qu’il se sentait le plus en sécurité. Le chemin jusqu’au lit lui parut pourtant durer une éternité, ces gestes étaient comme ralentis par sa réflexion qui était toujours plus intense. Il finissait enfin par se demander si c’était la chose à faire mais dans son existence, il n’avait jamais fait que cela. Il n’avait aucune envie de retourner dans la rue et même si cela pouvait paraitre injuste, que pouvait-il faire d’autres que de survivre.

    Une fois au pied du lit, il monta dessus tel un félin, son poids et sa démarche était-elle qu’on aurait pu ne pas le remarquer même éveiller. Il aurait pu rester au pied du lit mais il allait devoir agir vite. L’un réveillerait surement l’autre une fois qu’il aurait agis. Il n’avait que d’autres choix de les tuer aussi vite que possible. Soupesant la dague dans la main, il se rappela ce que le vieil homme lui avait appris. Il se glissait doucement attentif à leur moindre souffle ou changement brusque. A chacun de leurs mouvements, il s’arrêtait et écoutait le son de leur respiration pour s’assurer qu’aucun des deux ne l’avait repéré. Ces mouvements étaient fluides et lent comme un chat qui se rapproche de ces victimes doucement.

    Il leva sa dague dans la nuit, s’arrêtant un bref instant, la lame s’illuminant de mille feux, il finit par frapper l’homme au niveau de la carotide dans un mouvement très rapide, le sang gicla dans un silence absolu alors que le corps était soulevé de spasmes. Sachant qu’il avait peu de temps, le garçon retira la lame et la planta sans attendre en utilisant tout son faible poids dans le cœur de la femme. Elle se trouvait dans la position idéale et il ne voulait pas qu’elle se réveille. Ces yeux s’ouvrirent regardant Panthère dans un regard mêlé de peine, de douleur et de tristesse puis se figea dans le rictus de la mort.

    Il resta un instant là regardant les deux corps sans vie, il était couvert de leur sang et il récupéra tant bien que mal la dague enfoncée dans le cœur de la femme retombant sur le lit. Son visage n’avait aucune expression hormis celui d’un mort. Il avait fait ce qu’on lui avait demandé, il n’en ressentait ni peine, ni joie et l’excitation était retombé comme un soufflet. Pourtant il savait qu’il lui fallait se débarrasser de l’enfant. Il ne pouvait pas s’y résoudre. Il descendit du lit attrapant l’une des lampes et commença à rependre l’essence qu’elle contenait sur le sol. Cela devait passer pour un accident. Il savait que personne n’irait se demander si c’était un accident ou un assassinat. La mort dans la cité était traitée avec beaucoup de peur mais cela arrivait si souvent que peu de gens se posaient des questions.

    Une fois que la maison était prête, il sortit et alluma le feu. Elle s’embrasa immédiatement dans un nuage de flamme qui contrastait avec la blancheur de ces murs. L’odeur lui rappela immédiatement les buchers qu’il avait l’habitude d’aller voir quelques mois plus tôt. Il n’avait pas tué l’enfant, il préférait lui laisser la chance comme on lui avait laissé, peut-être pour qu’il comprenne ce que c’était de vivre comme lui dans la rue. Il se retourna laissant son acte derrière lui, son corps frêle et innocent d’enfant couvert du sang de ces meurtres. Il essuya le sang qu’il y avait sur sa dague puis sans remord, ni conscience, il s’enfonça dans les ruelles rapidement…

    C’était la naissance d’un ange de la nuit…

    Dernière modification par Khuram ; 01/01/2011 à 16h55.
    "Choisir son camp. Être de ceux qui pensent qu'ils vont agir un jour ou être de ceux qui agissent en assumant les risques"

  2. #2

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    C'est magnifique quand même, impressionnant, y'a rien à redire. Pourtant j'ai cherché histoire de faire un com constructif mais franchement j'ai pas trouvé. Hate de lire la suite, on sent la fatalité, le fait que la vie a choisi a sa place.
    « Il ne faut avoir aucun regret pour le passé, aucun remords pour le présent, et une confiance inébranlable pour l'avenir. » Jean Jaures

  3. #3

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    Y'a quelques passages qui m'ont fait tiquer à la lecture, avec quelques répétitions ou formules pas évidentes vers le début/milieu, mais après ça va tout seul, j'ai pas pris le temps de noter vu que tu l'arrangeras sûrement à la relecture ^^

    Agréable à lire autrement, bravo ^^

  4. #4

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    Oui les répétitions vireront à la relecture vu que j'écris beaucoup comme je le ressens. Parfois il y a des choses que je répète car elles sont importantes.

    De toute façon, vu mon perfectionnisme, je vais le relire dix fois mais je me force à le faire que quand le chapitre 1 sera complétement terminé ^^
    "Choisir son camp. Être de ceux qui pensent qu'ils vont agir un jour ou être de ceux qui agissent en assumant les risques"

  5. #5

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    Un texte très agréable à lire, dérangeant à la fois mais tu as vraiment un talent pour écrire. Après bon les imperfections sont pas du tout dérangeantes à la lecture puis elles ne sont pas tellement présentes. En tout cas j'aime beaucoup.

  6. #6

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    Je crois que le coté dérangeant, malsain, c'est mon style d'écriture. Faut juste que je me fasse soigner, c'est pas grave

    Merci pour vos commentaires en tout cas à tous. Cela m'aide plus que vous ne le pensez (déjà c'est motivant et tous les conseils sont bons à prendre)
    Dernière modification par Khuram ; 30/12/2010 à 15h23.
    "Choisir son camp. Être de ceux qui pensent qu'ils vont agir un jour ou être de ceux qui agissent en assumant les risques"

  7. #7

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    Trés sympa à lire. Je n'ai pas fait attention au répétition mais en tout cas elles ne m'ont pas géné à la lecture.
    Connaitre plus ou moins ce qui va advenir du gamin (enfin je crois si c'est bien le gamin auquel je pense) fausse un peu l'intrigue mais dans un même temps cela léve le voile sur de nombreuses questions.
    La vie est un combat, et le combat un jeu.

  8. #8

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    Hop mise à jour avec des corrections et l'ajout de la dernière partie.

    Le chapitre 1 est complet là.
    "Choisir son camp. Être de ceux qui pensent qu'ils vont agir un jour ou être de ceux qui agissent en assumant les risques"

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