« Ne t’en fais pas Papillon, fais ce qu’il te demande. »
« Non, Papa, je n’y arriverais pas… »
L’aube était levée depuis peu, l’air frais du matin me piquait la peau et le nez, le soleil levant aurait pu rendre ce paysage joli dans d’autre circonstance.
Ils nous avaient tirés brutalement du sommeil, j’étais encore en robe de nuit et pieds nus quand le grand brun avec une cicatrice sous l’œil m’a poussé dans la cuisine et là, j’ai vu mon père par terre, il avait été passé à mal et ces vautours riaient de me voir pleurer et me jeter sur mon père pour vérifier qu’il allait bien.
Qui étaient t’ils ? Je ne sais pas vraiment, je ne le saurais jamais. Je sais juste qu’ils étaient quatre, des hommes grand à l’allure robuste, les cheveux bruns, des tatouages et ils sont forts et violents.
Ma mère est morte y’a plusieurs années déjà, c’est mon père qui m’a élevé et ce jour là, il était étalé sur le sol de la cuisine, à demi inconscient et baignant dans son propre sang. Ce n’était qu’un menuisier avec une réputation de bon travailleur, qui pouvait lui vouloir du mal ? Mais à bien y regarder, ils ne nous voulaient pas particulièrement du mal, ils avaient simplement envie de se défouler…
« Allez gamine ! C’est toi ou lui ! » me cria une de ces brutes.
« Laissez là tranquille, prenez moi, mais ne lui demandez pas cela ! » balbutia mon père.
Je n’avais pas parfaitement entendu ce qu’ils se disaient, j’étais tellement concentré sur ce que je devais faire que tout ce qui m’entourait était secondaire. Les rires de ces porcs de mon père luttant pour ne pas tomber de sa chaise, avec une corde au cou, leur chef qui me harcelait sans cesse pour qu’enfin je mette cette arbalète sur mon épaule. Cette arbalète… J’avais tout juste cinq ans et j’étais si frêle qu’on me prenait pour une jolie petite poupée, avec mon teint porcelaine, l’arbalète était sans doute plus grosse que moi et quant à son poids, il aurait fallu que je sois plus vieille de quelques années pour que je puisse réussir à la manier comme une débutante. Mais ils s’en foutaient, eux, ils s’amusaient.
Je ne devais pas décevoir mon père, il fallait qu’il soit fier de moi. J’étais pétrifiée à l’idée de ce qu’on me demandait…
« Lèves cette putain d’arbalète et tires ! »
Ces paroles me firent sursauter et cela me ramena à la réalité, aussi dure soit t’elle. Mon père était là, devant moi, en équilibre sur une chaise avec cette épaisse corde autour du cou. Sa nuque portée déjà les hématomes et les plaies rougies laissées par ces longues minutes dans cette position. Ses larmes, devenues écarlate à cause des coupures qu’il avait sur le visage, étaient balayées par le vent glacial de cette matinée. Il posait un regard pénétrant sur moi, il avait l’air confiant ou en tout cas serein de ce qu’il allait se passer, était ce de la résignation ?
« Fais ce qu’ils te disent Papillon, tu n’as pas le choix. Je suis là, avec toi, j’ai confiance en toi. »
« Papa… » Étouffais-je
Il eu un dernier regard, insistant, plus dur, plus violent, comme pour m’obliger à obéir, il voulait simplement que je fasse ce qu’ils me disaient pour que j’ai une chance de m’en sortir.
Essuyant mes larmes sur mes joues froides, je le regardais une dernière fois puis baisser le regard sur cette arbalète qui allait encrer mon avenir. Elle pesait lourd, comme si elle représentait ce que j’allais devoir me trainer les années prochaines. Des deux mains, je la callai maladroitement sur l’épaule, me tourna vers le chef de ces vauriens, une pensée stupide me traversa l’esprit à cet instant, mais ils auraient vite fait de me tuer avant que je n’ai fait quoi que ce soit. J’avais beau essayer de me concentrer tant que possible, quand je pensais à ce que je devais faire, je perdais mes moyens et pourtant, il fallait que j’aille puiser le courage où j’en trouverais car comme l’a dit l’autre chien, ils n’hésiteraient pas à me tuer. Aussi lâche et inconscient que cela puisse paraître, je décidais à ce moment là de fermer les yeux, de me plonger dans le silence, de faire le vide, d’armer l’arbalète, de viser à l’aveuglette…et de tirer. J’aurais voulu tout oublier à cette instant, j’aurais voulu mourir, crier taper, m’effacer.
Aucuns sons, aucunes plaintes ne suivit mon tir, rien, l’espoir d’avoir peut être réussi commencer à naître à grandir mais je refusais toujours d’ouvrir les yeux, comme si fuir la réalité et les conséquences de mon gestes allait pouvoir se faire si facilement.
Des éclats de rires, c’était là leur seule réaction et ça en disait plus long que des paroles, sans même avoir rouvert les yeux, je tombais à genoux à terre et hurlait ma douleur. C’est assez sinistre quand on y repense, ils m’ont laissée là et sont repartis comme ils étaient venus, silencieusement. Je ne me suis aperçue de leur départ qu’après avoir enfin relevée la tête. Et c’est là que je l’ai vu, lui, mon père. Il était à terre, j’avais réussi trancher la corde avec la flèche, mais il ne bougeait pas, pourquoi il était là inerte alors que la corde était coupée ? Je me relevais doucement, un genou après l’autre, sans quitter mon père des yeux et j’approchais, semblable à un félin, de ce corps. Avant même d’être arrivé près de lui, j’ai remarqué une flaque écarlate, je pensais innocemment que cela venait de ses précédentes blessures et pourtant, rien ne se passait. C’est en arrivant à sa hauteur que j’ai réalisé, que j’ai accepté de voir la réalité. Il avait la gorge en sang, la flèche avait bien sectionné la corde, mais elle avait également sectionnée la jugulaire. Je fus prise de vertige et sans pouvoir me retenir, je me rappelle avoir vomi. Le reste est confus, je sais juste que je me suis allongée près de mon père, près de son corps, j’ai pleurait toutes les larmes de mon corps, l’odeur de son sang me donner la nausée, mais j’étais tétanisé, j’ai fini par m’endormir aux creux de ses bras. J’avais froid, le sang était visqueux sur mon corps, mais j’accompagnais mon père dans son dernier chemin.
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La nuit était particulièrement sombre ce soir là, pas seulement à cause de l’absence presque totale d’étoiles mais elle était sombre car je m’apprêtais à venger mon père. Les années avaient passées depuis ce jour là et j’avais affiné ma vengeance, je m’étais juré de les tuer, tous un par un et de ne jamais leur faire le plaisir de les achever rapidement. Et ce soir, j’allais commencer à savourer ce qui allait durer un moment.
Il était là, sous un arbre, la lueur de la lune éclairait tout juste son profil mais je le reconnu grâce à cette cicatrice que je n’oublierais désormais plus, je ne sais pas si c’est le poids des années ou les nombreux meurtres qu’il avait commis, lui et ses camarades, mais il avait les traits tirés et les cheveux grisonnants, j’aurais préféré un adversaire à ma taille, tant pis pour lui.
Je m’approchais doucement, tel un félin, d’ailleurs avec la terre sur j’avais sur le visage et en considérant la dernière fois que j’avais pris un bain, je n’avais pas que la démarche du félin. Délicatement, je me faufilais derrière l’arbre et y grimpait aisément. Une fois arrivée sur la branche qui se trouvait au dessus de ce chacal, j’esquissais d’un petit sourire en pensant à ce que j’allais lui faire et à la manière dont j’allais lui ôter la vie. Comme je l’ai dit, les années avaient passées et mes flèches ne manquaient plus jamais leur objectif, ma lame était aiguisée et elle luisait doucement. Prenant appuis sur la branche, je me positionnais sur mes pieds, la dague entre les dents et sautais derrière l’homme. Il n’eu bien sur pas le temps de se retourner que ma dague lui avait tranchée la jugulaire et broyée les os du nez en remontant par l’intérieur de son visage. C’était jouisif de la voir impuissant, les rôles étaient inversés et ses yeux révulsés me donner l’intime satisfaction d’avoir la patience d’arriver au dernier de ces chiens et de leur faire payer. Il était mort, la terre à ses pieds devenait écarlate mais je m’amusais à tourner la dague dans sa gorge avant de la retirer lentement.
Je le lâchais en le balançant à terre et j’ai été étonnée de constater que la vue de son sang sur ma dague me dégoutait, c’était pourtant une des choses qui me plaisait le plus quant j’avais terminais contrats, mais là, ce sang, c’était différent. Cela me ramenait des années en avant, à ce jour où j’avais tout perdu et où ils ont fait de moi ce que je suis aujourd’hui…
« Pardon papa ! »…