J'ai eu envie d'un petit texte aujourd'hui, pour vous. Cela fait bien longtemps que je n'avais pas écrit. J'ai pris un fil, et je l'ai déroulé. J'espère que le lire va vous faire plaisir et vous distraire
.« Le noir de la laque
Foncièrement
Il n’y a rien. »
Koan
Foncièrement
Il n’y a rien. »
Koan
Le dernier tir eut raison des réacteurs.
L’interceptor de Leekta perdit de l’altitude, et l’homme qui la pourchassait exulta dans son cockpit. Il le vit s’écraser contre une colline pierreuse. Etait-ce aujourd’hui la fin ?
Il posa son propre speeder avec tant d’empressement qu’il en éventra la coque sur le sol granulaire. Il sauta au sol, casque encore levé, fusil électro en main, et couru à perdre haleine vers le lieu du crash. L’hallali enfin. Leekta l’avait laissé pour mort à Thébis Nocturnae, puis dans les flammes de Sfer. Il entendait encore son rire, ainsi que la tendresse perverse qui le cousait et en rigidifiait l’ossature. Elle avait fait tant de mal à son peuple, il avait le droit à sa vengeance. Mille fois.
Il l’avait ratée de peu à Zibelhein dans les neiges acides, comme il avait été persuadé d’avoir ouvert en deux son armure-champ avant de la précipiter d’un coup de pied dans l’enfer gazeux des tours d’Orion. Le kata-ondes n’avait pas pu manqué les chairs. Et pourtant, elle avait anéanti son clan deux temps universels plus tard.
Il la vit près des ruines fumantes de son appareil, le corps brisé, littéralement incrusté dans les amas de ferraille. Dans sa précipitation, l’homme ne vit pas le taser à pleine puissance qui lui sectionna la jambe et la moitié du bassin. Epuisée par l’effort, les yeux noyés de larmes de douleur, Leekta laissa pendre un bras qu’elle ne sentait déjà plus.
Les manotechs et les aiguilles de l’armure plex de l’homme prirent le relais pour inhiber les nerfs. Et c’est dans une stupeur ouatée, indolore, qu’il comprit que le destin est un animal vif, qui se retourne plus vite que ce que les bios peuvent voir et supporter.
Les nanos n’avaient pas la capacité de l’opérer, son speeder était trop loin. Elle, elle savait que c’était fini. Pour eux deux. Les femmes ont le sens pour ces choses-là. Le tragique est féminin.
Le silence s’installa un temps. C’est lui qui le rompit le premier, le retournement de situation l’avait douché, hébété il ne comprenait pas que tout allait s’arrêter. Qu’il n’y aurait bientôt plus rien, ni haine, ni regret, ni vieillesse, ni mots.
- Ca finit comme ça alors ?
- Tu pensais à une autre fin ? Elle sourit.
Ils parlaient lentement, posément, leurs mots valsaient doucement, s’enrobant les uns autour des autour des autres, se toisant, s’attirant. S’embourbant aussi, à mesure que leurs corps se vidaient de leur vie. Etrangement, l’homme sentit une communauté de pensée avec la femme.
- Je t’ai eue.
- Tout a un prix, chéri.
- Tous ces crimes…
- Tous les tiens, l’interrompit-elle.
- Tu as fait souffrir les miens.
- Ton agressivité avait juste besoin qu’on lui agite un chiffon rouge.
- Ma cause est juste.
- Juste est le mot des vainqueurs.
- Comment as-tu survécu à Zibelhein ?
- Comme toi à Sfer, mon amour.
Elle sortit une intra-seringue de sa main valide, se piqua au-dessus de la clavicule, ça sembla la soulager.
- Si c’était à refaire…
- Tu as déjà vécu ça.
Il avait encore des choses à vivre. Elle lui avait volé toutes ces années de poursuite, de combats. Il n’avait pas fait sa vie.
- Je te hais.
- Toi aussi, tu es mon moteur.
- Tu souffres ? Bientôt tu seras morte.
- Plaisir partagé.
- Qu’y a-t-il après ?
- Comment le saurai-je, pilote ?
- Tu as froid ?
- Ah enfin de l’empathie. Tes jambes ?
- Qui s’en fout maintenant ?
Une pause. C'est elle qui reprit.
- Tu es attachant.
- Je n’aurai jamais eu meilleure ennemie.
- Tu es bien un homme, on te donne un sucre et tu en rends un en retour.
- Je suis sincère.
- Tu as encore du chemin à faire. Le monde est dur, trouver la douceur est…
- … une lutte.
- Et tu t’y connais en lutte, n’est-ce pas ? Répondit-elle moqueuse.
Le ciel à deux lunes descendait doucement, par strates irisées, comme pour ne pas se faire remarquer. L’homme regarda les étoiles et cracha du sang.
- Ils vont continuer sans nous ?
- Des réponses, tu veux toujours des réponses.
- Pourquoi nous deux ?
- Ah… c’est mieux.
- Alors ?
- Pour la tension.
- La tension ?
- La tension soutient le monde, chéri.
- Et après nous ?
- Il y en a d’autres.
Il faisait nuit. Seules les flammes de l’interceptor disloqué éclairaient leurs visages. Ils ne ressentaient plus de haine. L’homme avait mis du temps, mais il avait compris. Il était apaisé. Les nanos clignotaient rouge.
- C’est fini alors ?
- Tu as déjà demandé.
- Je voudrais continuer…
- Moi aussi, avec toi.
Une aura les enveloppa.
- Je suis…
- …toi
La lumière blanche envahit leur corps de bios, leur esprit. La traînée d’énergie parcourut toute la chaîne de leurs occurrences.
Une houri et un templier, alanguis dans un hammam aux murs carrelés d’azur et d’or. Une femme d’âge mûr qui avale du poison alors que le soldat enfonce la porte. Une femme qui écrit une lettre, un homme qui prend son courage a deux mains et se redresse malgré les chaînes, dans l’air insolent des tropiques. Une toile qui se peint. Un couteau qui la déchire. Un feu dévorant une pile de livres, en place publique. Deux lames qui croisent le fer. Et d’autres. Et d’autres encore. Deux thés parfumés et des gâteaux, un tête-à-tête dans un coffee-shop baigné de soleil, face à un immeuble de briques rouges.
Le jour descend. Le ciel prend dans ses mains orangées ce pont de Toscane. L’air s'épaissit de voiles de lin.
Le temps est une illusion.


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